Dans un geste unilatéral et spectaculaire, le président Donald J. Trump a signé ce mardi 2 avril 2025 un décret instaurant un nouveau régime de taxation commerciale baptisé « Reciprocal Tariffs ». Ce dispositif, destiné à corriger ce que la Maison Blanche qualifie de déséquilibres structurels dans les échanges internationaux, impose des droits de douane supplémentaires sur les importations en fonction du principe de réciprocité : à tarif élevé appliqué aux États-Unis par un pays donné, correspond désormais une taxation symétrique.
Derrière cette rhétorique de rééquilibrage commercial, les conséquences sont immédiates : La Réunion se retrouve en 13e position dans la liste des territoires visés, avec un droit de douane de 73 % appliqué à ses exportations vers les États-Unis. En retour, les exportations américaines vers La Réunion bénéficient d’un abattement à 37 %, dans un schéma présenté comme « incitatif » par l’administration Trump, mais qui pénalise sévèrement l’économie réunionnaise.
La filière pêche durement touchée
La filière des produits de la mer à La Réunion est particulièrement exposée. En 2024, l’île avait exporté environ 1 100 tonnes de légines et 230 tonnes de poissons pélagiques (thon, espadon) vers les États-Unis. Depuis l’annonce du décret, les exportations vers le marché américain sont suspendues. Les importateurs, anticipant la hausse brutale des coûts, ont annulé leurs commandes.
Les acteurs du secteur réunionnais font état d’une forte incertitude. Ils s’interrogent notamment sur les modalités pratiques de mise en œuvre : il est difficile de comprendre comment les autorités douanières américaines distingueront les produits issus des Régions ultrapériphériques comme La Réunion, étant donné que tous les produits français, ultramarins ou non, partagent le même code douanier international.
Autre source d’inquiétude : des conteneurs de légines sont déjà en mer et devraient atteindre les côtes américaines après le 9 avril, date de l’entrée en vigueur des nouveaux droits de douane. Les exportateurs ne savent pas encore si ces cargaisons pourront être écoulées normalement ou si elles devront être redirigées en urgence vers d’autres marchés.
Un point de vigilance concerne également les TAAF (Terres australes et antarctiques françaises), d’où provient une partie des légines congelées. Les exportateurs notent que ce territoire ne figure pas explicitement dans les documents américains, contrairement à d’autres zones isolées comme les îles Malouines. Une éventuelle exemption ou un taux différent pour les TAAF pourrait, selon eux, atténuer légèrement l’impact sur cette filière.
Un système de sanctions commerciales déguisé
La logique présidentielle, détaillée dans un décret de près de 10 000 mots, repose sur une déclaration d’état d’urgence économique nationale liée aux déficits commerciaux américains, jugés incompatibles avec la sécurité nationale. Selon le texte, les États-Unis souffrent depuis trop longtemps de relations commerciales déséquilibrées : des tarifs douaniers étrangers jugés prohibitifs, des barrières non tarifaires, et des politiques économiques « prédatrices » qui auraient contribué à la désindustrialisation du pays.
« Ce système non réciproque constitue une menace extraordinaire pour l’économie et la sécurité des États-Unis », affirme Donald Trump dans le décret. Il déplore un déficit commercial de 1 200 milliards de dollars en 2024, un chiffre présenté comme la preuve de décennies d’inaction.
Le décret s’inscrit dans la suite logique du mémorandum intitulé « America First Trade Policy », signé dès le 20 janvier 2025. Il prévoit l’application d’une taxe initiale de 10 % sur toutes les importations, relevée à des niveaux différenciés selon les partenaires commerciaux à partir du 9 avril.
L’Outre-mer français durement ciblé
Si les projecteurs sont braqués sur la Chine, l’Union européenne ou l’Inde, les territoires français d’Outre-mer figurent en tête des juridictions les plus touchées, souvent méconnues du grand public américain.
Saint-Pierre-et-Miquelon, petit archipel français au large du Canada, hérite du taux maximal de 99 %, avec en contrepartie un tarif réciproque réduit de 50 % pour les produits américains. La Réunion n’est pas loin derrière, avec un traitement tarifaire jugé « sévère » par des diplomates européens à Washington.
Derrière ces chiffres se cache une réalité complexe : bien que dépendants de la France, ces territoires figurent dans les nomenclatures douanières américaines comme entités distinctes en matière de flux commerciaux. Les sanctions visent donc leurs exportations comme celles de n’importe quel État souverain.
La Réunion fragilisée
Les effets concrets pour l’économie réunionnaise risquent d’être significatifs. Les filières déjà fragiles — comme l’agroalimentaire (rhum, vanille, produits transformés) ou les exportations culturelles (logiciels, services numériques) — sont désormais exposées à un effondrement de leur compétitivité sur le marché américain.
En sens inverse, les biens américains — équipements, technologie, matières premières — bénéficieront d’un avantage tarifaire sur le marché réunionnais, renforçant un déséquilibre commercial déjà latent.
Le président de la Région Réunion, interrogé par Le Monde, a exprimé sa « vive préoccupation » face à une mesure qui pénalise l’Outre-mer sans concertation avec les autorités françaises ni européennes. Paris, de son côté, a rappelé que le commerce extérieur des DOM relève de la politique commerciale commune de l’Union européenne et demande une exemption immédiate.
Une mesure à visée politique
Plus qu’un outil commercial, ces « tarifs réciproques » constituent une arme politique. À quelques mois de l’élection présidentielle américaine, Donald Trump s’adresse à son électorat industriel, notamment dans le Midwest, en affichant une posture de protection nationale face à la mondialisation.
Les effets globaux de cette politique restent incertains. Plusieurs partenaires ont déjà annoncé vouloir saisir l’OMC. Quant à l’Union européenne, elle prépare des mesures de rétorsion ciblées, avec une possible taxation des biens technologiques ou agricoles américains.
Mais pour les territoires ultramarins comme La Réunion, souvent oubliés des grandes négociations commerciales, ces tarifs pourraient être le symbole d’un isolement croissant dans le commerce mondial.
Territoire | Tarif appliqué aux USA | Tarif réciproque accordé aux USA |
Saint-Pierre-et-Miquelon | 99 % | 50 % |
Guyane française | 85 % | 39 % |
Guadeloupe | 81 % | 38 % |
Martinique | 78 % | 37 % |
Nouvelle-Calédonie | 74 % | 37 % |
La Réunion | 73 % | 37 % |
« Tariff charged to the USA (including Currency Manipulation and Trade Barriers) » c’est quoi ?
Cela correspond aux taxes douanières que les pays étrangers appliquent aux produits américains lorsqu’ils veulent vendre dans ces pays.
Mais ce n’est pas tout : les États-Unis tiennent aussi compte d’autres obstacles au commerce, comme :
- des règles techniques compliquées,
- des taxes cachées,
- ou la manipulation de la monnaie (faire baisser artificiellement la valeur de la monnaie pour rendre les produits étrangers moins chers).
Tout cela est ajouté au calcul du tarif. Résultat : certains pays imposent des taxes indirectes énormes aux produits américains.
« USA Discounted Reciprocal Tariffs » qu’est ce cela signifie
Ce sont les nouvelles taxes que les États-Unis appliquent à leurs partenaires commerciaux, mais en version « reciproque » et « ajustée ».
Plus un pays est jugé injuste avec les États-Unis, plus les taxes américaines sur ses produits seront élevées.
Mais si un pays accepte de réduire ses propres barrières commerciales, alors les États-Unis lui accordent une réduction de tarif, un peu comme une récompense.
En résumé :
- Si un pays bloque ou taxe trop les produits américains, il sera taxé lourdement en retour.
- S’il s’ouvre au commerce équitable, il obtient une réduction tarifaire.
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